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Collectionneurs, je mettrais ma main à couper que quelqu’un de votre entourage, ami ou famille, vous a fait part de sa répulsion ou du mécontentement de la douteuse utilité de capturer un insecte devant leurs yeux sachant pertinement qu’il finira sur une pique. Pourquoi les gens n’aiment pas notre esprit de collection animale ? Que faut-il leur répondre ? Ont-ils raison ? Et nous nous remettons souvent en question en nos débuts de collectionneur. Tout professionnel ou grand amateur collectionneur s'est trouvé des réponses ou bien est passé outre ces réflexions.
La beauté de l’insecte nous fascine mais la mort révulse. Pour nombre de raisons d’éthique, de religion, d’éducation, tuer est mal ! Tuer pour manger, oui ! Les chasseurs ont donc trouvé leur argument, mais tuer pour le plaisir (ou pour la cause scientifique, rarement prise réellement au sérieux) voilà tels que nous apparaissons aux yeux d’une majorité de personnes ; et nous repaître de notre meurtre en conservant le cadavre de nos victimes, que d’horreurs!
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Nous évoquons tout d’abord leur beauté, car c’est elle qui nous a donné la passion, les couleurs, les formes, les dessins, la grâce du déplacement d’une mante, la majesté du vol d’un papillon, la puissance brute et belle d’un lucane viril ; en effet ! Que de beauté, mais la beauté peut-elle être morte ? Tout collectionneur trouve évidemment le papillon butinant, ouvrant et fermant ses ailes avec grâce ; la fraîcheur et la pureté qu’émane une écaille sortie de sa nymphe est bien plus émouvante qu’un criquet occis mis sous verre. Conserver la diversité magnifique de la nature, voilà ce qui nous anime au fond de nous, l’esprit scientifique vient après. Mais même derrière une vitre, l’insecte conserve sa part de beauté. Excusez-nous, mais nous sommes des êtres possessifs et la nature nous extase au point que nous voulons la capturer, l’enfermer pour que nous puissions chaque jour l’admirer. La fugacité de la rencontre avec un membre du monde microcosmique ne nous satisfait pas pleinement, bien que la beauté passe aussi par l’importunité, la chance, le hasard de cette rencontre. Mais je sais pertinemment que si je venais à croiser le chemin d’une Rosalie alpine, je ne pourrais m’en détacher avant plusieurs heures mais je n’aurai jamais le courage de la capturer, de l’enfermer.
La photographie ! Me crieront certains, la photo résoud tout, la beauté est chez nous et la bête est dehors ; peut-être mais la photo n’est pas matérielle, elle n’a pas de reflet, elle n’a pas de relief… et de faible fiabilité scientifique, car la science est notre deuxième argument.
Au fur et à mesure que notre petite collection grandissait, nous avons vite été surpris par la diversité du monde entomologique. Tiens ! Tous les papillons blancs du jardin ne sont pas tous les mêmes, il y a plein de « petits bleus » et ils sont tous un peu différents ! Quand on est enfant (souvent l’âge de la première collection) on ne se rend pas compte de tant de diversité car elle est inimaginable ; le petit entomologiste ne trouve tout simplement pas la noctuelle qu’il vient de capturer dans le Chinery, la bible du néophyte. Petit à petit, on prend conscience de la valeur scientifique d’une collection et dès lors, c’est cet objectif de recherche qui nous guide et nous nous spécialisons dans un ordre dans lequel les données récoltées serviront à établir des cartes de répartition, définir des sous-espèces, étudier le comportement de l’insecte, son adaptation face au climat… Tant de choses qui nous serviront à protéger toutes les espèces en diminution démographique et les réintroduire dans une zone plus acclimatée à leur morphologie. La phrase culte résumant tout ça est : « Pour mieux protéger, il faut mieux connaître et pour mieux connaître il faut collectionner ». En ce qui concerne la découverte de nouvelles espèces ou d’une sous-espèce, la photographie est inutile, seule la collection ou un élevage (et encore...) a une valeur scientifique.
Pourtant parfois, mieux vaut taire nos véritables activités dans certains milieux, au risque de ne pas être fortement apprécié et un magnifique cadre de coléoptères sur le mur du séjour ne provoque pas admiration chez tout le monde…
Aroundel